Marche ou rêve, de paysage en paysages

En vadrouille dans le Nord Chilien

Le nez collé à la fenêtre du bus qui me conduit de La Paz vers Arica (Chili), les paysages défilent. Un fois quitté les faubourgs de la ville, ce sont de mornes plateaux entourés de collines arides tantôt cultivés, tantôt laissés en pâturage aux lamas qui se dévoilent dans les lueurs de l'aurore. Cette campagne est peuplée de personne, de tranche de vie, de trajectoires humaines qui durent le temps d'un regard et qui s'évanouissent après le passage du bus. Où donc va cette femme Bolivienne avec son baluchon tissé sur le dos? Et ce fermier qui conduit ses deux boeufs dans le champs, a t'il fait une bonne affaire? Les gamines en jupes et blouses aux couleurs de leur école n'ont-elles pas froid par ces gelées matinales?

Ce sont d'inépuisables sujets de questionnement et de rêverie qui s'offrent à moi et je pense souvent que les points de chutes touristiques ne sont que des prétextes pour ça: Voir la vie et les paysages inconnus pour mon plus grand plaisir. Ces moments ne sont pas les plus spectaculaires mais j'aime cette impression de dépaysement et j'ai le sentiment de vraiment voyager. Il arrive que  certaines régions soient monotones mais aujourd'hui, je mets plein la vue.

Cela commence par le volcan Sajama et ses impressionnants 6542 m qui se dressent, d'un blanc éclatant au dessus de l'alti-plano.

Puis vient le Paso de Chungara, un col et passage frontière à 4680m tout entouré de sommets enneigés et le lac Chungara, un des plus haut du monde. Quelques oiseaux barbotent ou l'eau n'est pas gelée. C'est l'un des plus joli poste frontière qu'il m'ait été donné de voir, un magnifique site qui fait patienter tranquillement les formalités douanières.

Coté chilien, la vie est bien moins présente le long de la route 11 et pour cause, on est en pleine montagne et cette route rejoint l'océan en 200 vertigineux kilomètres. On part des volcans culminants à plus de 6000m pour terminer dans les rouleaux du Pacifique. Mes yeux sont insatiables devant cette géologie colorée, les vigognes, les cactus, les exploitations minières, les flancs de montagnes désertiques et les vallées irriguées qui se succèderont le long de cette grande descente jusqu'à Arica. Je suis en extase. Comme à chaque traversée des Andes finalement!

Arica, petite ville portuaire, un point de chute pas désagréable. Ça me fait plaisir de renouer avec une société plus disciplinée, des maisons terminées et plus de civisme dans la circulation routière (sans klaxon). Un couché de soleil sur le cerro Morro et un petit plat de poisson et fruit de mer arrosé d'un santa emiliana blanc, je suis le plus heureux des hommes, content de retrouver le Chili. Quoiqu'on dise, les contacts sont plus faciles ici. l'écart de niveau de vie est moindre. Il y a malgré tout un malaise lorsqu'en Bolivie on fait des sorties de trois jours qui valent l'équivalent de plus d'un mois de salaire de celui qui vous le vend ou guide. On ne peut pas réellement nouer d'amitié durable avec un tel écart social... Je me donne une bonne conscience en disant que je dépense dans le pays, je génère du travail aux restaurants, hôteliers, secteurs du tourisme, c'est déjà ça.

 

Pour en revenir à la route11, elle m'a tellement ébloui que j'abandonne l'idée de passer par un tour opérator pour visiter le parc Lauca et je file directement vers une agence de location le lendemain de mon arrivée. La voiture n'est pas chère, faut dire qu'elle n'est pas toute jeune annonçant plus de 255 000 km au compteur, 65 euro pour trois jours, j'espère que cette petite Hyundai ne me laissera pas en rade.

***

En remontant le col de la veille, je flâne en chemin, prenant des petites pistes de droite et de gauche à la recherche d'opportunités photographiques.  Rivières, église en adobe, petits hameaux jalonnent mon parcours jusqu'au village de Putre à 3500m d'altitude.

 

 

 

En demandant le chemin d'un hostel, je tombe sans doute sur la seule touriste qui se balade dans les rues pendant ce hors saison. Christelle est française et on sympathise vite avec Didier son compagnon. Les voyageurs parlent de voyages (et de photos), eux sont plus roots que moi, souvent en stop ils peinent un peu pour rejoindre le salar de Surire (prononcez sourire). Ça tombe bien, je comptais y aller. Un plein d'essence en contre-partie et me voila chauffeur / tour opérator  pour une sympathique balade à trois qui commença bien... 

Le parc Lauca est parsemé de volcans. Coté faune, on aperçoit de nombreuses vigognes qui nous regardent passer tranquillement. On découvre des petits villages isolés où se dressent de vieilles églises qui donnent un cachet bien particulier dans cet environnement isolé.

  

Une piste magnifique et tranquille, on aura croisé que 3 voitures dans toute la journée.

 Au bout de 3 heures, enfin le salar...

Et un petit tour sur le sel (des pistes sont aménagées pour une exploitation du minerai dans un parc national... Cherchez l'erreur!).

Flamands roses, vigognes, volcans, cela reste un magnifique coin pour notre pique-nique à 4200m d'altitude.

Toujours à plus de 4000m, la journée se termine dans les sources d'eaux chaudes et sulfureuses avant de rentrer...

 Enfin, la journée se termine... Pas tout à fait.

On décide de revenir par un itinéraire différent. La carte indique "camino principal" alors que nous étions venus par une piste secondaire. Allez savoir pourquoi, on a surtout retenu l'adjectif "principal" plutôt que "camino" (qui veut dire chemin en espagnol).

On s'engage sur cette piste, un peu moins bien entretenue que celle de notre arrivée mais ça va, il faut juste être vigilant aux petits ravinements qui ont creusé la chaussée. Au fur et à mesure de notre avancée, la route se dégrade de plus en plus, des intersections non indiquées nous laissent songeurs quant à la direction à prendre. Après deux heures de route, la piste (ou ce qu'il en reste) traverse un petit lit de rivière asséché. Une dizaine de mètre un peu rugueux pour la pauvre Hyundai. Il y a juste des traces de roue qui nous précèdent, ça rassure. J'ai des passagers compréhensifs. Christelle et Didier sortent du véhicule pour augmenter la garde au sol, voir enlèvent les cailloux les plus proéminents sur la trajectoire. Ça passe.

La piste continue, on franchi encore une petite colline et une demi - heure plus tard... Cette fois, le lit de la rivière asséchée fait la largeur de la vallée. Une vaste étendue de cailloux et de sable, plus de piste visible de l'autre coté, juste des traces de roues marquent le tracé... Et bien entendu, c'est toujours dans ces moments critiques que la réserve d'essence n'est pas suffisante pour faire la route dans l'autre sens... Je m'engage sur une vingtaine de mètre, le carter frotte, le pare-choc avant butte dans les ornières, mes passagers dégagent les pierres, poussent la voiture faiblarde à 4000m d'altitude...

Je décide d'arrêter les frais. Il faut faire demi-tour, la voiture n'est pas vraiment conçue pour du tout terrain. J'ai pas envie d'éclater le carter moteur, sans compter les risques de crever deux fois vu ou on roule. Et au final c'est moi qui paiera la franchise en cas de casse. Je pense aussi qu'on s'est trompé, cette piste mène sur une ferme ou un cul de sac en retournant sur nos pas, on aura plus de chance de rencontrer quelqu'un quand l'essence manquera... La nuit va tomber dans une heure, on a toujours pas vu les villages pointés sur la carte. Je n'aime pas faire demi-tour mais il faut se faire une raison. La sagesse est de ne pas casser la voiture qui en plus ne supportera peut être pas ce traitement. Didier est d'accord avec moi... Sauf que Christelle, elle ne l'est pas.

Elle non plus n'aime pas se résigner devant l'adversité et elle me convainc de continuer. Ça va passer me dit elle... Je vois le bout (ment-elle effrontément). Alors, je continue,  en franchissant délicatement les bancs de sable, les irrégularités du terrain, les cailloux: c'est à dire en frottant en permanence...

Heureusement, passé cette petite 1/2 heure, la piste reprend, il y aura d'autres zones difficiles mais moindre et c'est un soulagement de voir enfin le premier village surplombé par une magnifique église. J'aurais pris plus de photo si la tension de ne pas bousiller la voiture n'était pas aussi grande. Seule, une mamie assise occupe ce village qui semble désert. Elle nous renseigne sur le lieu où nous nous trouvons. On est sur la bonne route mais à peine un tiers du parcours de fait sur la carte.

Quelques kilomètres après ce village, on a rejoint une piste majeure. Enfin soulagés même si le retour fût long. Nous sommes arrivés vers 22H à Putre (14 heures de route au total). Ce détour nous a permis de voir un des plus beau couché de soleil de mon voyage et pour ça, je referais la même chose si c'était à refaire (mais sans doute en 4x4).

 ***

Le lendemain, je ramène Christelle et Didier à la frontière Chili/Bolivie, tandis que je fais mes repérages photos pour le coucher du soleil auprès des volcans Parinacota (6348m) et Pomerape (6282m).

Le parc Lauca et ses environs, mais y a t'il encore besoin de commentaires...

 

 

 

 A+


Publié à 20:00, le 5/05/2011, dans Chili, Lauca
Mots clefs : parc LaucaAricapomerapeparinacotaruta 11chiliVolcan


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