Marche ou rêve, de paysage en paysages

Limites d'Atterberg sur les pistes Boliviennes

D'abord la pluie! Quelques coups de tonnerre vers minuit puis des sacs d'eau qui se sont abattus sans discontinuer jusqu'en milieu de matinée. Tropical quoi! A ce moment là, je savais que c'était mal parti mais bon, j'avais mon billet de bus en poche acheté la veille. J'imaginais que ce serait rock and roll: Ça l'a été.

Comme dans tous arrêts de bus en Amérique du Sud, on sympathise avec les quelques gringos qui comme moi attendent dans ce qui sert de gare routière à Coroïco. (une place avec quelques cahutes pour la vente de billet et les étals de marchandises qui se sont greffés autour). C'est toujours un peu les même questions qui se posent, d'où tu viens, où vas-tu, quel est ton voyage et depuis combien de temps etc. Et donc, nous sommes là, tranquilles, assis sur nos sacs à dos, a attendre avec d'autres Boliviens le bus pour Rurrenabaque. La pluie a cessé, laissant juste un ciel bas et gris dans une lourde chaleur humide.

Une demi heure après le départ, en quittant la route bitumée pour attaquer la piste, les premiers glissements de terrain nous arrêtent. La route est en construction, c'est normal me dis-je, les talus ne sont pas stabilisés, ni confortés. En tout cas, l'entreprise met les moyens: Noria de camion, deux belles pelles mécaniques et deux chargeurs ont tôt fait de recréer le passage. ce n'est pas bien large mais ça passe. Quand à la stabilité me direz vous? Je vous répondrai Am, stram, gram...

Ensuite, c'est là que ça se corse. Une fois quitté la zone de travaux, le bus retrouve l'ancienne route.

 

Fier à bras avec la séquence frisson de l'article précédant, c'est derrière la vitre du bus entre Coroico et Rurrenabaque que j'ai réellement ressenti ce qu'on pourrait appeler de la trouille. Le nez collé à la fenêtre, je regarde impuissant les événements. Se faire peur avec 65 Bolivianos (6.5€) pour 15H de bus, la Bolivie est bon marché. La route taillée à flanc de montagne serpente gentiment à l'aplomb d'une rivière 300m plus bas. Tant que le tracé traverse la partie rocheuse de la falaise, je suis un brin confiant mais lorsque le profil de la route passe dans les zones terreuses, limoneuses je me dis WOAAAH mais le chien aboie et la caravane...

Les pneus ne passent pas à quelques centimètres du bord, non, ça tangente le vide. Et puis, question talus c'est parfois du 0H/1V* avec quelques ravinements et sous cavages  sous la chaussée.  Bref, il doit parfois avoir une roue qui roule au mieux sur de l'instable au pire sur du vide. C'est pas grave car il y a 4 roues sur un bus, pourquoi donc s'angoisser. En fait, cette route était la continuité de la fameuse route de la mort de Coroico. Après l'avoir testé la première en minibus en 1998, c'est cette fois en bus grand format. Soyons fou. De toute manière à part le prendre au rire, il n'y a pas grand chose d'autre à faire. Les Boliviens empruntent cette route tous les jours, il n'y a pas de raison qu'aujourd'hui soit différent. Cela a duré 3 heures, frôlant le vide sur les virages serrés, reculant dans les élargissements au croisement des camions chargés, à ne plus voir la chaussée depuis la fenêtre du bus. Le bon coté c'était de très beaux paysages de montagnes couvertes de végétation.

J'attire votre attention sur la trace du pneu laissée en bord de piste sur la photo suivante.

 

 

Les camions que nous croisons sont prioritaires puisque chargés,généralement de fruits ou de bois. Ça ne passe pas à deux de front.

 

Arrivé à destination, j'ai retrouvé un français  croisé à l'arrêt de bus  de Coroico . Il avait pris un autre autocar que le mien et lorsque je lui ai demandé comment s'était passé son voyage, il me répondit  que la roue arrière de son bus s'est effectivement retrouvée momentanément dans le vide.  Et tous les passagers sont sortis par les fenêtres coté opposé  pour contrebalancer le poids. Finalement, mes inquiétudes étaient fondées poil au nez.

 

***

Puis vint le bassin amazonien, enfin  j'imaginais un truc plutôt plat... En fait encore des collines, des montées, des descentes et des glissements de terrain se sont dressés sur notre route. Je pense que les constructeurs de la route avaient intégré ce principe à la conception (les glissements). Tout les 500m, c'est un enchevêtrement de boue, d'arbres et de végétaux divers que l'on croise. Les plus anciens glissements ont été dégagés juste pour permettre le passage. Reste que la chaussée est pourrie de ces boues limoneuses. Alors, ça glisse, ça patine, ça ornière jusqu'au plantage. Et comme la piste n'est pas large, chaque camion embourbé bloque le passage.

 

Arrivé vers minuit à un petit village, une cinquantaine de véhicules attend Ça ne passe plus! Nos courageux conducteurs ne se démoralisent pas et on y va. Au premier abord, je n'ai pas trouvé cette décision  bien futée. Pourquoi quitter le village puisqu'il y a la bouffe? Pourquoi se retrouver dans la forêt au risque de n'avoir rien à manger si on se plante? J'ai gardé ces réflexions pour moi et suivi le mouvement. En fait, il y a un gros intérêt à se trouver en première ligne sur les coins de plantages. Certes, il faut parfois pelleter et ouvrir la route mais on a pas attendre le passage en mode alternés et embourbement des autres camions qu'il faut alors débloquer. Et ça, ça peut doubler tripler le temps du parcours mine de rien. De toute manière les villageois dans les forêts sortent les gamelles et approvisionnent passagers et chauffeurs.

 

L'avancée nocturne n'est pas allée loin, 1/4 heure après, arrêt du moteur et roupillon dans les sièges un peu raides. Le lendemain, nous repartions à l'aube jusqu'au premier bourbier où le premier camion hésitait à s'engager.

A chaque bus est attribué ce qu'on pourrait appelé un mousse. Le petit gars qui s'occupe de la logistique, met les bagages dans le coffre, contrôle les billets et le cas échéant se donne du mal pour aller pelleter la boue qui se trouve dans la trace, y ajouter des pierres. Habitué de la chose, il avait dès le départ enfilé une combinaison de travail.

Les bonnes volontés masculines du bus et autres chauffeurs mettent la main à la pâte.

Quand le chauffeur ne le sent pas, tout les passagers font la traversée du bourbier à pied pour alléger le bus. (ici les gringos en actions)

 

Arrive le moment, où nous tombons sur le camion qui bloque la piste. Je ne sais pas pourquoi, mais la prise de décision est longue pour enfin sortir les élingues et tirer. J'ai constaté que les chauffeurs sont bien peu solidaires entre eux. Ils s'aident si le camion bloque la route mais si par malheur celui-ci est planté dans un endroit qui permet le passage. Je crois qu'il attend longtemps.

 

Après avoir ouvert la piste, les camions suivent. A noter la quasi exclusivité des camions Volvo. Les scandinaves ont les solutions pour les routes en Amazonie.

Avec ces moments d'attente, d'incertitudes, j'ai le temps de réfléchir...  Et quand la boue se fait liquide, plastique, solide, ça plante, ça patine, ça passe. Ça me rappelle les essais labo d'argile et les limites d'Atterberg.  (où la consistance d'un sol varie considérablement avec la teneur en eau.) Bref, rien qui n'aide finalement l'avancée du bus mais on pense à ce qu'on peut.

Ce petit manège a duré jusqu'en milieu d'après-midi et enfin la piste est devenue "meilleure". Parti pour un trajet de 15 heures, il a duré au total 32H pour atteindre Rurrenabaque au bord de la rivière Beni. Porte d'entrée du Parc de Madidi un des écosystème les mieux préservé d'Amérique du Sud.

C'était une chronique des transports Boliviens en saison des pluies dans le bassin amazonien.

 

A+

 

 *0H/1V: Défini la pente des talus ici 0 m à l'horizontal pour 1m de vertical. Soit la verticalité parfaite ici.

 


Publié à 20:49, le 1/04/2011, dans Bolivie, Coroico
Mots clefs : bassin amazonienrurrenabaqueCoroicobolivietransportspluiebus


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