Marche ou rêve, de paysage en paysages

Sous les étoiles exactement!

Le trek de Santa Cruz est considéré comme l'un des plus beau du Pérou. Quatre jours de marche avec au programme des gorges encaissées, des glaciers, des pics enneigés, des lagunes, des forêts, un col à 4750m et 50 km au total. Me voici de retour dans la natuuuuuuure, à Huaraz exactement, dans la Cordilliera Blanca.

Les agences de tourisme proposent ce trek entre 120 et 150$ (84€/105€) hors pourboires, la relative facilité technique et la fréquentation régulière du circuit m'a fait opter pour l'entreprendre en indépendant. Cela m'est revenu à 42€ (hors entrée du parc inclus la location de la toile de tente, achat d'une carte et d'une cartouche de gaz). 

Premier jour

Lever à 4H45, départ en combi à 5H30 jusqu'à Caraz, une moto taxi jusqu'au "terminal de bus" pour Cachapampa. On attend que le taxi soit complet soit huit personnes. A noter que huit, c'est dans une berline toyota. Il faut savoir qu'au Pérou, il n'y a pas une mais deux places du mort, plus quatre à l'arrière, plus un dans le coffre avec les sacs. Avec le chauffeur ça fait le compte. Ce qui est rassurant c'est que l'état de la piste ne permet que très rarement de passer la troisième, au moins je profite de la très belle campagne environnante.

8H30 arrivée au départ du trek, je casse la croûte sur le petit muret qui borde le chemin et regarde la vie paysanne passer devant moi. Les gamins en uniformes vont à l'école, les paysannes emmènent  vaches ou moutons aux champs, les chiens guettent les miettes de mon sandwich...  A la différence de la Bolivie le chapeau n'est pas melon mais un croisement entre le stetson texan et un chapeau haut- forme.

Considération sur la mode péruvienne faite, il faut maintenant mettre le sac à dos et commencer à grimper. Je sais que j'en ai pour deux jours et demi avant de redescendre donc j'y vais tranquille. Ça tombe bien, au contraire de Raffarin, la pente est douce et le chemin sinueux. Le sentier commence par une gorge serrée et qui s'élargit peu à peu. En route, je croise (ou me fait doubler par) des files d'ânes qui transportent tout le barda pour les tours organisés. On aperçoit quelques vaches qui broutent dans des petits carrés d'herbe. J'aime ces marches en solitaire où mon esprit va et vient au fil des idées qui me passent par la tête. Je me demande si les âne galopent; me reviennent des souvenirs d'enfances; des bons moments du voyage; mon avenir à la fin de cette année sabbatique; je réfléchis à la rédaction de futurs articles du blog. Il me vient de fulgurantes idées, des trouvailles stylistiques  (qui me semblent) géniales et que je suis incapable de retrouver ensuite devant l'ordinateur.  Je peine un peu mais le plaisir est là, il fait beau pendant que je remonte le cours d'un torrent dont le flux diminue au fil de la grimpette.

Il faut 4 heures pour atteindre le premier campement, j'ai tout mon temps alors après la pause déjeuner, je m'allonge pour regarder les nuages, m'assoupir...

Au bout des quatre heures, on arrive sur un plateau, les prairies ont supplanté les arbustes qui bordaient le cours d'eau. Ne voulant pas camper près des tours organisés, je prolonge d'une petite heure pour me retrouver près de la lagune Ichiccocha.

Idée moyenne car je pense avoir perdu un heure de soleil en étant à l'ombre des gorges. Je pensais retrouver quelques randonneurs mais en fait je suis tout seul.  Il y a en cette fin de soirée un petit vent fort désagréable qui fait chuter la température de plus que la nuit tombe à 18h, je ne mets pas longtemps pour avaler ma soupe et mes nouilles chinoises poiur m'endormir après une petite heure de lecture à la frontale.

Soudain, au milieu de la nuit, des vibrations sur le sol me réveillent en sursaut. Je sors la tête dehors, la lune quasi pleine éclaire parfaitement les alentours. En fait, ce sont ces cons d'ânes qui se sont mis à galoper comme des dératés et confirmant mon interrogation du matin. Ce réveil brutal m'a foutu la trouille. Néanmoins, ce n'est pas inutile car l'ambiance de la gorge dans la lumière lunaire est tout a fait extraordinaire. A 3850 m d'altitude, il n'y a pas beaucoup d'atmosphère pour troubler la clarté des rayons de lune. C'est tout simplement beau.

Mon premier bivouac dans la lumière matinale du lendemain.

Deuxième jour.

Le sentier continue au fond de la gorge, j'atteins la lagune Jatuncocha. Elle est plus grande que celle de la veille. De nombreux oiseaux vollètent à mon approche. Le soleil brille. Je suis heureux. Il faut que je me souvienne de coucher sur ce blog mes sensations de ce moment là. Pour me rappeler comme j'étais bien.

Vaches ou mules continuent de brouter dans les zones herbeuses.

 

 La lagune Jatuncocha.

Les premiers monts enneigés apparaissent.

Encore tôt dans la matinée, je déjeune malgré tout en vue de faire un crochet vers un glacier et la lagune de Arhueycocha (3H à 4H aller/retour). Autour de moi, s'approche deux vaches et un veau qui me regardent manger. Je me sens observé étrangement. Je pose ma gamelle un instant et vais regarder dans mon sac quand j'en vois une qui commence à lécher le fond de soupe qui restait. Une agression caractérisée et en flagrant délit en plus. Ces pauvres bêtes doivent vraiment avoir faim mais à part du pain je n'ai pas grand chose à leur donner. C'est vrai que l'herbe n'est pas bien haute dans le coin et on est en hiver, la saison sèche.

Épisode suivant, je demande à un guide si je peux planter ma tente pendant que je vais à la lagune, il me répond que j'ai des chance de ne rien retrouver à mon retour. Comme je n'ai pas envie de faire cet aller et retour chargé, je planque alors mon sac à dos dans les bois et grimpe jusqu'à un autre plateau entouré de montagne. Le temps s'est malheureusement un peu couvert.

 Ici, le vétérinaire n'a pas eu le temps de monter et ce sont les condors qui finissent le travail.

La lagune, un peu décevante je dois dire. Je fais ma fine gueule mais c'est vrai que celle d'El Chaten était plus belle.

Quelques éclaircies offrent tout de même de beaux panoramas. (d'où l'importance du soleil)

En se retournant, le paysage garde de sa splendeur (ici la lagune où j'étais ce matin.)

C'est avec une petite pointe de déception que j'arrive au deuxième bivouac. Cette ballade est très belle mais il me manque un paysage fort et marquant qui le rende inoubliable quand soudain, je ravale ma salive.

Un vaste massif s'ouvre devant moi. Un spectacle de toute beauté.

Un bon coin pour planter ma tente.

 

Et la pleine lune de ce soir me donne des idées de photos.

 

Sous les étoiles exactement! Le marche ou rêve comme je l'entends...

 Troisième jour.

En ce petit matin, la condensation à l'intérieur de la tente s'est transformée en une fine pellicule de glace mais ce n'est rien en fonction de ce qui m'attend. Aujourd'hui c'est l'ascension du col de Punta Union 4750m avec un sac à dos qui quoiqu'on en dise est toujours trop lourd et un peu douloureux.  Alors "Step by step" comme disait ma grand-mère polonaise qui s'y connaissait en trekking (elle allait tous les jours faire ses 6 km aller et retour pour aller aux champs).

Un spectacle non stop en cette troisième journée. Que ce soit devant soi...

Ou en se retournant.

Tandis que les colonnes d'ânes vous doublent.

 

A marcher seul,  il n'y a pas de guide qui vient vous taper dans la main en haut du col mais la satisfaction d'y arriver en solitaire est beaucoup plus forte.

 Passé l'autre coté du col, on redescend gentiment dans la vallée de Huaripampa.

Ce coté est aussi plus froid, une sensation renforcée par la couverture nuageuse qui rend le paysage âpre. Les lagunes sont grises tout juste rehaussées par un lama coloré.


 

Enfin, jusqu'à ce que la végétation refasse son apparition avec ces arbres (polylepis) à l'écorce en lambeaux et aux formes torturées.

 

 

On retrouve un plateau, des prairies, des ânes

et des marguerites sans tiges.

Le soir, je retrouve Geoffrey et Thibault. Deux jeunes français croisés la veille et dont l'école d'ingénieur les oblige à se trouver pendant deux mois à plus de deux cents kilomètres de chez eux. Ils ont choisi l'Amérique du Sud et sont un peu en galère pour ce qui est leur première grande randonnée. (pas de réchaud à gaz, pas de bouffe adéquate, pas d'acclimatation). C'est autour d'une bière (le village est tout proche et les paysannes viennent vous en vendre) qu'on regarde la lune monter pour ce troisième bivouac. Je pense que c'est bien de pousser les jeunes à perdre leurs repères. Notre système économique est mondialisé, notre mode de vie doit l'être aussi enfin pour ceux qui veulent y participer.

Quatrième jour.

Avoir vu tant de montagnes majestueuses, on pourrait se dire que le retour serait moins chargé d'émotion. Au contraire, j'ai vraiment apprécié le petit village de Huaripampa. Un village péruvien avec ces petites maisons en adobe, champs en patchwork, troupeau de mouton et de chèvre et ses  gamins qui demandent des "caramelo".

 

On commence d'abord par la vue en ouvrant la toile de tente.

Puis le village.

et les moments de vie qui vont avec.

Il n'est pas conseillé de donner des bonbons aux gamins, comme il n'y a généralement pas d'hygiène dentaire ni de dentiste dans ces villages isolés, les caries deviennent catastrophiques. (maintenant je ne sais pas , le Pérou n'est pas l'Afrique, de toute manière je n'ai pas les bombecs qu'ils réclament)

Le retour s'est fait rapidement par un combi qui venait de déposer des trekkers pour faire le circuit dans l'autre sens.

La route (piste) passe par un col qui culmine à 4700m. C'est vertigineux et franchement impressionnant.

 

On rejoint Huaraz par une très belle campagne qui a rendu cette randonnée magnifique jusqu'au bout.

 

Après quatre jours de soupes lyophilisées, pâtes chinoises et sandwiches au cheddar. j'ai craqué! Je me suis offert une énorme choucroute dans le resto français (crêperie Patrick) de Huaraz. Presque sept mois sans cuisine française, ça provoque quelques manques mais me vous inquiétez pas le lendemain j'ai remangé du cuy (cochon d'inde).

A+

PS: Le titre de l'article et celui du blog sont honteusement pompés d'émissions de radios éponymes (france inter).

 

 


Publié à 19:33, le 18/06/2011, dans Perou, Huaraz
Mots clefs : cordilliera blancaPerouTrek de Santa CruzMontagnevillage


trek

11:33, 20/06/2011 .. Publié par pbruet
paysages grandioses , et ta prose nous fait partager tes moments d'émotion
merci

Réponse

02:19, 22/06/2011 .. Publié par lno
Merci Pascal pour tes coms réguliers

Exact!!

03:10, 27/06/2011 .. Publié par Thibaut
Exact, nous etions en galere, mais merci pour les conseils, ils nous ont bien servi pour gravir 5050metres ensuite. tu peux suivre un peu ce qu'on fait sur thib-peroubolivie.over-blog.com !
Un grand merci pour tes conseils bien utiles, et rencontre tres sympa dans les montagnes, A+!!

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